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Le modèle des coopératives : les SCOP et les SCIC

Une SCOP, c’est quoi ?

Une société commerciale SARL, SAS ou SA impératif de rentabilité sur son marché

Une société coopérative et participative :

  • Salariés associés majoritaires : au moins 51% du capital

Devenir associé d’une Scop développe l’esprit de responsabilité. Chacun prend conscience de son rôle dans la chaîne de création de valeur.

  • Gouvernance démocratique : 1 associé = 1 voix
  • Répartition des bénéfices équitable :

– une part pour tous les salariés (25 % minimum), sous forme de participation

– une part mise en réserves dans l’entreprise pour renforcer ses fonds propres

– éventuellement une part pour les associés (33 % maximum) sous forme de dividendes

 

Pourquoi crée-t-on une SCOP ?

– créer ex-nihilo : Développer un outil de travail pour exercer collectivement son métier

– transmettre l’entreprise : Assurer la pérennité en l’absence de successeur

– reprendre une entreprise en difficulté : Préserver l’emploi et le savoir faire

– transformer l’association : Développer des ressources propres, simplifier la gouvernance

Des SCOP qui réussissent  

Une SCIC, c’est quoi ?

Une société commerciale SARL, SAS ou SA impératif de rentabilité sur son marché

Une société coopérative d’intérêt collectif :

  • Porter un projet d’utilité sociale et collective
  • Un ancrage territorial
  • Le multi-sociétariat : les salariés (ou producteurs), les bénéficiaires du service ou des produits, autres (collectivités territoriales, bénévoles, partenaires financiers,…) avec une gouvernance démocratique
  • Une quasi non lucrativité : de 57,5% à 100% des bénéfices mis en réserves dans l’entreprise

Pourquoi crée-t-on une SCIC ?

– créer ex-nihilo : Porter un projet d’utilité sociale sur un territoire, en rassemblant diverses parties prenantes

– transformer l’association : Développement des ressources propres, ouvrir la gouvernance

– transformer une société : Impliquer les parties prenantes sur le territoire

Une expérience en passe de réussir: les Potagers de la Vésubie


Intervenants :

Hélène MARTIN, Présidente de l’association les Potagers de la Vésubie.
Gilles PASSERON SEITRE, propriétaire d’une parcelle située à Lantosque

1. Description du sujet – mots clés
Modélisation des liens entre l’association et les propriétaires de terres agricoles.
Mots clefs : Agro écologie. Terres agricoles.

2. Historique des problématiques – contexte actuel
On constate la disparition des terres agricoles tant à l’échelle mondiale, nationale, que locale.

Les raisons principales sont :

  • La pression foncière,
  • L’artificialisation des terres à travers des opérations d’aménagement du territoire.
  • L’augmentation des surfaces boisées.

Les conséquences de cette situation sont :

  • Des propriétés en friche présentant un aspect d’abandon dévalorisant le paysage rural et son environnement
  • Risque accru d’incendie et une nette prolifération de la faune de type sangliers.
  • Une Population agricole vieillissante avec la création de « désert habité » par l’arrivée de nouveaux habitants travaillant dans les grandes villes périphériques.
  • Une production de fruits et légumes délocalisée vers les pays émergents présentant un impact carbone très lourd (transports, etc).
  • Une absence d’autosuffisance alimentaire
  • Disparition de la biodiversité.
  • Disparition de sources de création de richesses locales.

En contre point, la demande de produits locaux à consommer sur place. Une prise de conscience des questions écologiques et environnementales entraîne une recherche de solutions.

Restauration de restanque

3. Panel des solutions existantes et en réussite
Augmentation des jardins partagés et d’initiatives sur la recherche de foncier.
Augmentation des exploitations de petite taille exploitées en famille.

4. Exemple des Potagers
L’expérience des Potagers de la Vésubie :
Association crée en 2015 pour lutter contre l’abandon des terres et les confier à des exploitants agricoles.
Elle a pour objectif de regagner des terres agricoles et de développer, dans la vallée des circuits courts de produits de qualité par la remise en culture des terres en friches.
Cette activité agro écologique retrouvée, permettra de créer des richesses économiques durables et fixer ainsi des familles sur le territoire.
Notre action s’étend des rives de la Vésubie jusqu’aux territoires du Paillon où un jeune agriculteur et son épouse se sont installés en maraîchage sur une parcelle prêtée en commodat. C’est le premier projet en cours de réalisation et de succès.
Notre action s’articule sur plusieurs axes :

  • Trouver du foncier agricole par un dialogue étroit avec les propriétaires.
  • Proposer ces terres à des porteurs de projet qui souhaitent s’installer en maraîchages Bio ou en permaculture ou en vergers. A ce jour, plusieurs parcelles sont encore disponibles.
  • Venir en appui au développement de leur activité par des « journées de bénévolat ».
  • Instaurer un dialogue avec les communes intéressées et les partenaires institutionnels.
  • Sensibiliser le grand public aux enjeux de l’agro écologie.

5. Succès
A ce jour, nous avons un exploitant agricole installé à la Grave de Peille sur 6000 m2 de terrain avec une production maraîchère vendue sous forme de paniers à des clients fidélisés.
Deux projets en cours de montage sur la Vésubie à Lantosque.

6. Constats
6.1 – Le point de vue d’un propriétaire
– Ces derniers perçoivent l’installation d’un agriculteur sur leur terrain comme un risque de perte d’un patrimoine personnel au profit d’une entreprise agricole ;
– Les terrains, non utilisés en agriculture sont, la plupart du temps, exploités à outrance par les éleveurs bovins locaux qui laissent leur troupeaux divaguer sans surveillance en hiver, occasionnant des dégâts irrémédiables sur les parcelles fréquentées ;
– L’exode rural engagé depuis des décennies provoque l’abandon à la nature des paysages de restanques témoins de l’activité maraîchère d’antan : les nouveaux propriétaires (par voie successorale…) sont de moins en moins enclins à entretenir leurs terrains de par l’éloignement et souvent la méconnaissance de l’existence même des terrains.
– La disparition des terres agricoles sur un littoral soumis à la pression foncière urbanistique, nécessite leur remplacement dans des zones moins intéressantes « urbanistiquement » parlant.
– L’homme doit se réapproprier les espaces qu’il a abandonnés et favoriser ainsi l’émergence d’une agriculture raisonnée adaptée aux circuits courts locaux.
6.2 – Le point de vue de l’association
L‘originalité du projet de l’association est de ne pas utiliser le bail rural et de lui substituer un contrat de droit privé qui a toujours exister et qui est le commodat.
Légalement appelé prêt à usage, le commodat est un contrat en vertu duquel une chose est prêtée gratuitement à une personne qui s’engage à la restituer. La personne bénéficiaire du commodat est appelée commodataire, alors que celui qui prête est le commodant. Depuis la
loi du 12 mai 2009, le terme de commodat n’est plus usité et il est remplacé par son synonyme, à savoir le prêt à usage. Le commodataire est responsable de la chose qui lui a été prêtée.
Les propriétaires doivent bien comprendre les objectifs recherchés par l’association. L’ensemble des questions portant sur la durée du commodat et sur l’application du droit commun des contrats doivent être résolues avant la signature.
Le commodat offre la souplesse nécessaire pour ajouter les clauses indispensables à la sécurité de chaque partie.
L’association est l’articulation nécessaire pour instaurer et mettre en contact les propriétaires et les porteurs de projet. Elle est l’interface de leur dialogue.
6.3 – Du côté des exploitants
Du coté des exploitants, la difficulté principale réside dans l’absence de sécurité du commodat par rapport à un bail rural traditionnel.

Conclusion :
Innovation
Liens humains
Richesses multiples (économiques, sociales, relationnelles et
environ

Les Petits Loups Maraîchers

Présentation par Nicole Henry du Pôle Communication

Les Petits Loups Maraîchers ont créé leur association au printemps dernier après 6 mois de travail préliminaire pour définir le projet de jardin collectif. Ce projet d’agriculture biologique à circuit court concerne toute personne intéressée principalement des communes de Bar sur loup, Gourdon et Tourrettes.

Les débuts sur le terrain de la Papeterie

Ce projet n’invente rien de nouveau, mais il reprend un concept déjà utilisé depuis plusieurs années en France et dans bien d’autres pays. Le modèle de référence en France est l’Association: Côté Jardins basée à Lyon depuis 30 ans.
Son principe est simple et s’appuie sur les compétences d’un maraîcher ou jardinier professionnel qui organise la production en respectant des méthodes de cultures définies par la communauté.
Chaque adhérent à l’association cotise annuellement afin de couvrir les frais de culture et le salaire du professionnel et participe, à hauteur 7 jours par an, à la production maraîchère.

Apprentissage sous l’œil du maraîcher

En retour, il reçoit un panier de légumes hebdomadaire pour une famille de 4 personnes sur une quarantaine de semaines sur l’année. Le prix du panier est moins cher que le panier bio du commerce.
De nombreuses activités annexes (valorisation des récoltes, cuisine, visite et activités scolaires…) peuvent se greffer à l’activité de base. Dans un contexte collaboratif avec un mélange des générations. Il s’agit de fédérer des bonnes volontés pour travailler ensemble ce qui lisse les différences. C’est aussi l’occasion de rencontres entre voisins et de se connaître dans un environnement d’habitat individuel. L’association organise des occasions de se retrouver et de faire la fête par exemple avec un pique nique mensuel.

Le jardin Carbon 1er essais

Un premier jardin expérimental avait démarré sur Gourdon, au Pont du Loup, dès février 2018. Lieu de rencontre concret avec la création d’un potager mais aussi l’occasion de partage autour des principes d’actions des Petits Loups Maraîchers, par exemple éduquer à l’environnement, partager des savoir faire et créer du lien social…
Le projet est rentré dans sa phase active depuis la dernière semaine d’avril 2018 dès que les autorisations ont été accordées pour exploiter une parcelle située sur la zone de l’ancienne Papeterie sur la commune de Bar sur Loup.

Préparation du terrain

En un temps record grâce à une préparation et une organisation efficaces dès que l’accord de la Mairie de Bar sur Loup a été concrétisé le terrain a été préparé et les premières plantations ont été mises en place, le tout en 3 jours !!! Un bel élan de solidarité et de travail en équipe !

Planning du jour

Depuis, toutes les semaines, soit le mercredi soir soit le samedi matin, les adhérents sont venus travailler sur la parcelle et ont récolté un panier par famille avec parfois un trop plein de légumes avec par exemple la récolte abondante des courgettes !!!

Ramassage des haricots

De 23 adhérents l’ambition est pour 2019 de passer à 50 avec l’ajout d’un terrain qui est loué par la Mairie du Bar sur Loup.

Préparation des paniers

Les Petits Loups Maraîchers ont été présents pour se faire connaître sur plusieurs évènements dans la région et collaborent avec les associations du secteur comme Nature et Partage et les Rendez vous du Loup.

Stand à la fête du Parc naturel Régional

Les partenaires se sont élargis et un projet de collaboration avec le CFPPA horticole se met en place pour l’année 2018-2019.

liste de nos partenaires :
Côté Jardin, association référente de Lyon ; Coopérative de Nice ; Lycée horticole d’Antibes ; Mairie du Bar sur loup ; Mairie de Gourdon ; Les jardins du Loup, permaculture ; Le rucher frétillant, exploitant agricole apiculture ; Stéphane de Nunzio exploitant agricole ; PNR des Pré-Alpes d’Azur ; Chambre d’agriculture de Nice

 

La culture scientifique et technique à l’heure de la Transition avec Les Petits Débrouillards

par Soledad Tolosa, coordinatrice des Petits Débrouillards Alpes-Maritimes

Comprendre pour agir

L’éducation par la pratique et l’expérimentation constitue un moyen privilégié pour prendre conscience des enjeux liés aux changements climatiques et aux transitions. C’est une démarche collaborative et participative que nous proposons. Elle vise à faire dialoguer et réfléchir ensemble des citoyens, en particulier des jeunes, sur des sujets en rapport avec leur vie, leur quotidien et leur avenir. Une telle méthode privilégie la pratique pour faciliter l’appropriation des notions de base en les mettant à la portée de toutes et tous. Surtout, elle s’efforce de tenir compte et de valoriser les connaissances et questionnements de chacun.

En effet, que peut-on espérer d’une réponse donnée à une question qui n’a pas été posée ? Partant du constat qu’il est vain de vouloir transmettre ou faire construire une connaissance à un public si celui-ci n’est pas motivé par le sujet, il s’agit avant tout de susciter l’intérêt, le désir, le questionnement, l’expression, le doute, la confrontation et le débat argumenté. Autour de situations concrètes mises en scène à l’aide d’observations, de ressources et de données scientifiques, les jeunes construisent leurs propres réponses aux questions soulevées et les confrontent aux contributions d’experts et de scientifiques.

Ainsi, nous allons évaluer nos actions en fonction du changement de posture des participants: ont-ils été surpris ou touchés ? Ont-ils expérimenté ? Sont-ils arrivés à des conclusions par eux-mêmes? Se sentent-ils valorisés dans leurs propositions ? Avons-nous réussi à intégrer des publics différents?

Quelques exemples d’actions

Un laboratoire mobile au service des territoires

Le Science Tour permet d’amener la culture scientifique et technique dans les territoires ruraux et éloignés. La porte d’entrée est souvent une question locale en lien avec le patrimoine naturel: accès à l’eau, protection des rivières, pollution lumineuse…

Ce dispositif mobile permet de proposer des ateliers pratiques, d’ouvrir des espaces de débat, de favoriser la collaboration entre acteurs différents (collectivités, scientifiques, établissement scolaires, centres de loisirs, organismes publics…). En 2017, le Science Tour, en partenariat avec le Parc Régional des Préalpes d’Azur a ainsi parcouru la vallée de l’Estéron pour recueillir l’avis des locaux autour de la labellisation de cette rivière: sont-ils au courant de la spécificité de cette rivière dite « sauvage »? Ont-ils une vision globale de celle-ci ou très locale ? Comment vivent-ils la rivière au quotidien ? Sont-ils au courant de son plan de gestion ?

Motiver les jeunes à prendre parti

Les séminaires d’exploration de controverses permettent à des groupes de jeunes de se forger la meilleure opinion possible autour d’une question dont la réponse est complexe. Il s’agit ainsi de définir et de formuler la question, étape essentielle, de l’explorer sur tous les angles possibles en identifiant les acteurs en jeux, en les rencontrant (scientifiques, professionnels, militants…), en analysant leurs discours et leurs positions. Enfin, il s’agira de restituer tout ça en élaborant un outil de diffusion (lien vidéo eau virtuelle). Les jeunes sont ensuite amenés à présenter leur travail devant ses pairs et lors d’évènements thématiques. L’expérience réalisée sur toute la région PACA montre que cette démarche rend les jeunes enthousiastes. Les collégiens et les lycéens ont finalement peu d’opportunités de se placer en tant qu‘intervenants devant des adultes. Le forum de l’eau à Marseille a été un exemple de prise de position des jeunes autour de questions essentielles : Faut-il rendre l’eau gratuite dans les pays en voie de développement ? Mettre un prix à la nature, une solution pour la protéger ?

Faciliter le dialogue entre la Science et la Société

Les cafés science permettent de créer, le temps d’une soirée, un débat entre des scientifiques et le grand public, dans un cadre convivial autour d’une question Science-Société locale: Comment le changement climatique affectera-t-il nos montagnes transalpines ? Agriculture et urbanisation, un binôme irréconciliable?Cette démarche facilite le débat entre des mondes souvent éloignés, le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, et le grand public. Elle permet aux chercheurs de voir comment les questions scientifiques sont vécues sur la place publique. Ce dialogue est essentiel également pour lutter contre les idées reçues, très répandues lorsqu’il s’agit des transitions écologiques et sociétales.

Dans la joie et la bonne humeur

Pour finir, il semble essentiel d’éviter l’approche catastrophiste lorsque nous abordons l’éducation aux transitions. Il ne s’agit pas de nier les dures réalités ni de promouvoir un faux optimisme mais de partir du constat que des alternatives créatives existent et que nous pouvons en faire partie.

Les opportunités offertes par le tourisme adapté, l’exemple du tourisme accessible aux personnes en situation de handicap

Mai-Anh NGO

Docteur et HDR en droit privé, Ingénieur de recherche,

Université Côte d’Azur, CNRS, GREDEG, France

ngo(à)gredeg.cnrs.fr

Il semblait pertinent d’évoquer la question du handicap dans ces assises de la transition écologique et citoyenne parce que, par nature, la question du handicap touchait l’idée de solidarité, mais aussi celle du développement durable.

Le rapport Brundtland en 1987 est le premier à avoir conceptualisé la notion de développement durable. Le texte définit un développement durable « comme un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »1. Cette formule avait pour objectif de chercher la conciliation entre le développement économique, la protection de l’environnement et la solidarité sociale.

Il connait de nombreuses applications, mais repose toujours sur ses trois piliers fondamentaux : l’économie, l’environnement et le social. Le volet social est le plus souvent négligé. Cependant, il est incontestable que le concept de développement durable comporte une telle dimension. Le rapport Brundtland précise «  que le développement soutenable présuppose un souci d’équité sociale entre les générations qui en toute logique doivent l’étendre à l’intérieur d’une même génération »2.

Appliqué au cas particulier des personnes en situation de handicap, le développement durable a donc pour effet de redessiner des nouveaux rapports sociaux envers ces personnes. Le principe d’inclusion largement utilisé à propos des personnes en situation de handicap est également consubstantiel au développement durable puisqu’il s’agit de la conciliation et de l’interconnexion des logiques sociales, environnementales et économiques du développement durable.

La question de l’inclusion des personnes en situation de handicap couvre tous les champs de la vie. Dans le cadre de cette manifestation, il est cependant particulièrement intéressant de se concentrer sur l’exemple du tourisme. Ceci pour plusieurs raisons : premièrement la question du tourisme adapté est novatrice d’un point de vue scientifique, deuxièmement le département des Alpes-Maritimes a fait du tourisme un axe majeur de développement avec ses 11 millions de touristes par an, troisièmement le département est déjà sensible au tourisme sénior qui constitue un facteur important de la Silver économie. Or, les seniors rencontrent les mêmes problèmes de perte d’autonomie que les personnes en situation de handicap. Il s’agit d’une problématique commune à ces deux publics, que pourrait satisfaire le tourisme adapté.

Pour comprendre la problématique du tourisme adapté, il faut d’abord s’intéresser au concept d’accessibilité qui reste une question centrale, avant d’entrer dans les détails de sa mise en œuvre en matière touristique.

I. L’accessibilité : une question centrale du tourisme adapté

L’importance de l’accessibilité est évidente pour les personnes en situation de handicap, mais aussi pour la société en général. L’accessibilité, prise comme un concept de gouvernance, peut participer au mieux-être de tous. Au-delà de cette importance sociétale générale, il conviendra ensuite de s’intéresser au secteur concerné par la question de l’accessibilité en matière de tourisme adapté.

  • L’accessibilité une problématique allant bien au-delà des personnes en situation de handicap

La question de l’accessibilité est une question centrale pour plusieurs raisons. Premièrement, l’accessibilité « sert de clé pour déverrouiller les multiples constructions sociales qui conduisent à l’exclusion des personnes handicapées et au déni de leurs droits respectifs »3. Deuxièmement, la question de l’accessibilité ne concerne pas uniquement les personnes en situation de handicap. Une meilleure accessibilité participe au mieux-être de tous et non pas uniquement aux personnes en situation de handicap. Cela est illustré par la notion de conception universelle qui implique « la conception de produits, d’équipements, de programmes et de services qui puissent être utilisés par tous, dans toute la mesure possible, sans nécessité ni adaptation, ni conception spéciale »4. « La notion de conception universelle contribue à une conception davantage axée sur l’usager en suivant une démarche globale et en cherchant à satisfaire les besoins des personnes de tous âges, tailles et capacités, quelles que soient les situations nouvelles qu’elles pourront être amenées à connaître au cours de leur vie »5.

Si on en revient au domaine du tourisme, cette idée d’évolution au cours de la vie n’est pas sans rappeler la démarche intergénérationnelle que peut présenter le tourisme durable. Le tourisme durable est défini par l’organisation mondiale du tourisme comme « un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil »6.

Les développements précédents ont permis de montrer l’intérêt d’un tourisme inclusif qui répond à la fois aux besoins des personnes en situation de handicap, mais pas uniquement à cette frange de population. Les réponses du tourisme inclusif pour les personnes en situation de handicap pouvant également servir les intérêts d’un tourisme senior, d’un tourisme durable, d’un tourisme plus solidaire.

  • L’accessibilité appliquée au tourisme adapté

La question de l’accessibilité du tourisme inclusif se pose dans de nombreux champs. Premièrement celui du cadre bâti, cela pose la question de l’accessibilité des établissements recevant du public, avec une difficulté supplémentaire lorsqu’on s’intéresse à la culture et une potentielle incompatibilité avec le patrimoine historique. Deuxièmement, les transports comprenant l’ensemble de la chaîne de déplacement dont notamment les transports publics. Troisièmement, la question des services liés aux visites touristiques, telles que l’accessibilité des visites guidées. Quatrièmement, les nouvelles technologies et l’accessibilité des sites Internet sur lesquels se trouvent les informations touristiques.

Voici un tableau synthétique reprenant l’ensemble des contraintes environnementales se posant à une personne en situation de handicap qui souhaite partir en vacances

À travers ce rapide exemple et ce tableau, on voit que le tourisme est soumis à la même réglementation générale concernant l’accessibilité que les autres secteurs d’activité, mais qu’il est nécessaire pour assurer sa mise en œuvre de mettre en place des outils spécifiques permettant de faciliter les démarches du touriste en situation de handicap.

C’est l’analyse de ces mécanismes qui va être réalisée à présent. L’étude va se concentrer sur trois labels : « tourisme et handicap », « handiplage » et « destination pour tous »

II La mise en pratique d’un tourisme inclusif dans les Alpes-Maritimes : des difficultés, mais surtout des opportunités

L’Insee estime à 77 % la part des personnes handicapées partant au moins une fois dans l’année à plus de 80 kilomètres de chez elles. Toujours selon l’Insee, 20 % de ces personnes aimeraient partir plus souvent. La durée moyenne du séjour est d’un peu moins de deux semaines, ce qui est bien supérieur au marché de la population sans handicap. Le budget moyen est estimé par l’Insee dans une fourchette de 300 à 650 Euros par personne, sachant qu’en moyenne il y a 2,5 accompagnants7

L’opportunité semble évidente pour notre département hautement touristique. Cependant, sur ce sujet, il existe un retard, mais une prise de conscience semble s’être opérée et les professionnels du tourisme saisissent à présent les perspectives intéressantes offertes par ce nouveau marché.

  • Un retard à combler

Malgré l’intérêt évident d’un tourisme inclusif, le département accuse un réel retard sur cette question. À titre d’exemple, à Nice comme à Cannes, seul un hôtel est labellisé « tourisme et handicap » pour l’ensemble des quatre handicaps (auditif, mental, moteur, visuel).8 Ce label est très intéressant pour cette étude car il garantit d’une part une « information fiable, descriptive et objective de l’accessibilité des sites et équipements touristiques en tenant compte de tous les types de handicaps et d’autre part vise à développer une offre touristique adaptée et intégrée à l’offre généraliste »9. Il a été choisi de soulever les difficultés rencontrées en matière d’hébergement car la question de l’hébergement est fondamentale dans la mesure où elle conditionne le fait pour une personne en situation de handicap de rester sur le lieu de villégiature. Ceci est d’autant plus important que statistiquement le touriste en situation de handicap demeure plus longtemps en vacances que la moyenne et sur des périodes creuses. Sur l’ensemble du département ce sont 88 sites qui ont été labellisés ; parmi ces sites, on compte les hébergements, les structures d’information, les loisirs, la restauration et les lieux de visite.10

  • Des opportunités à saisir

Il convient cependant de mettre en exergue de belles initiatives qui démontrent la volonté du département de réellement prendre en compte l’accessibilité. Ainsi, il est possible de souligner l’obtention d’un prix par la ville de Cap-d’Ail notamment grâce à l’accessibilité du sentier des douaniers aux personnes en situation de handicap. Il convient de mettre en lumière le véritable effort du département de rendre la montagne accessible et d’ouvrir ainsi de nouvelles zones touristiques à un public qui en a été jusqu’à présent exclu. Ceci notamment par la mise à disposition de Jöelettes permettant des randonnées en montagne,11 de clubs développant le Fauteuil Tout Terrain12 ou de matériel de ski pour la saison hivernale avec des journées d’initiation et de prêt du matériel13.

Il faut remarquer également que le département est en avance en ce qui concerne la labellisation plage Handiplage. Celle-ci « permet de donner une information fiable aux usagers sur l’équipement du site, et d’apporter une sécurité à la personne handicapée. L’association a décidé de délivrer aux plages un label de quatre niveaux proposés en fonction des équipements et aménagements des sites : handiplagistes, sanitaires, vestiaires, système audio-plage pour les non-voyants…»14. Il y a quatre niveaux de reconnaissance handiplages. Les quatre étoiles étant le meilleur niveau d’accessibilité. Sur les huit plages labellisées au niveau 4 sur le territoire national, quatre plages se situent dans le département : Bijoux plage, plage du Tiercé, plage de la Salis, plage du Ponteil.

Les réalisations dans le secteur de la culture doivent également être mises en lumière, notamment le festival l’Entre2marche à Cannes qui est un festival international du court et long métrage sur le thème du handicap qui valorise les personnes en situation de handicap à travers des réalisations cinématographiques.15

Il faut souligner l’importance de la valorisation d’une politique d’accessibilité à travers des labels et des certifications. Ces démarches permettent d’offrir des garanties aux touristes en situation de handicap qui sont ainsi rassurés et se déplacent sur les sites labellisés.

Au-delà de la nécessité de multiplier les demandes de labellisation « tourisme et handicap », il serait intéressant que le département s’engage dans une démarche de labellisation « destination pour tous »16 qui mettrait en exergue un effort collectif d’accessibilité. Ce label récompense un séjour prolongé inclusif pour tous, habitants du territoire ou visiteurs extérieurs, tenant compte de toutes les situations de handicap. La simplification récente du dispositif en 2018 encourage encore plus à tenter cette démarche.

Le tourisme adapté représente une véritable opportunité, et non pas seulement une contrainte, pour un développement encore plus important de ce domaine d’activité.

Bibliographie

Amiaux D., 2012, Tourisme et handicap : culture du handicap, expériences des territoires et de l’habitat touristiques et émergence de nouveaux espaces pédagogiques pour tous, in G. Brougère et G. Fabbiano (dir.), Tourisme et apprentissage, 2012, p. 14.

Brundtland G. H., 1987, Notre avenir à tous, Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies, Oxford University Press, 1987, 383 p.

Schulze  M., 2010, Comprendre la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, Handicap international, 2010.

Zeghni S., 2004, L’impact économique du handicap sur le secteur du tourisme, Juris tourisme 2014, n°168, p. 22.

Les lignes de flottaison

Les lignes de flottaison est une pièce de théâtre, sous forme d’enquête partagée qui part du constat suivant : dans notre quotidien, par les écrans, les infos en boucle, la publicité, les notifications, nous sommes submergés.

Cette autofiction performée questionne sur la perte progressive d’attention. Que devient notre contact direct avec le monde ? De quelle manière l’a-t-on perdu ? Comment le retrouver ? En une heure, le comédien navigue sur une marée de doutes, déniche des dérisions, s’arrache à
des certitudes, traque l’ironie puis vogue vers un salut jubilatoire. Ses investigations sont passées, transmises au public.

Et si une ligne de flottaison nous habitait tous ? Une représentation où la matière première est invisible, impalpable et pourtant tellement présente. Une quête essentielle. Le propos qui part d’une expérience personnelle est rendu universel par le biais de l’écriture et la mise en scène. Le propos politique est revendiqué.

L’apparition des technologies numériques a conduit à une accélération des mécanismes de captation de l’attention et de sa monétisation.

Georg Franck affirme dans son ouvrage Capitalisme mental : la consommation involontaire de publicité équivaut à un impôt prélevé sur la perception. Herbert Simon, prix Nobel d’économie en 1978, mettait déjà la rareté de l’attention au cœur de nos préoccupations civilisationnelles. Il évoque une « théorie des ressources », ancrant dans notre cerveau une véritable économie énergétique de l’attention : définie en tant qu’effort mental, l’attention volontaire doit être envisagée comme une ressource rare, limitée à la fois dans sa quantité absolue et dans ses distributions possibles. La notion d’écologie de l’attention, développée par Yves Citton, consiste à privilégier une relation soutenable à l’environnement plutôt qu’une relation seulement profitable, qui s’exercerait à travers des dispositifs de détournement de l’attention.

Nous possédons dans notre cerveau une « carte de saillance » qui régit ce qui doit être important à nos sens. Les stimuli extérieurs et fortement visibles (affiches, publicités, sollicitations) nous attirent instinctivement. Ils occupent cette carte et viennent se substituer à notre pensée. Notre mécanisme de l’attention qui, d’après Jean-Philippe Lachaux, peut être comparé à un équilibriste s’en trouve déstabilisé. 

Notre expérience des lieux, des rencontres et par extension, de la vie elle-même, par les conséquences de ces détournements sur l’observation, la contemplation, la rêverie, s’en trouve affectée.

Afin de ne pas rendre ce propos trop sentencieux, le texte s’appuie sur les renversements de situation illustrés par les extraits de textes qui suivent.

« Mesdames et Messieurs sur l’air de la marche funèbre de Chopin, j’ai maintenant la déshonorante tâche, la triste mission de vous informer d’une macabre nouvelle. » Pause, puis la lente mélodie reprend. Celui qui a accompagné fidèlement des millions de vies, celui qui a permis la création de mots merveilleux comme l’oisiveté ou la rêverie, celui que l’on redoutait parfois, que l’on chérissait ensuite, le vecteur et un des meilleurs engrais de la création humaine vient de nous quitter, tué par une armée de développeurs venus de la Silicon Valley.» L’air en si bémol mineur continue. « Mesdames et Messieurs, l’ennui est mort ! Vous ne contemplerez plus des visages en proie à la mélancolie, les yeux en hyperfocale, en attendant un train, une ridule de tristesse au coin de l’œil, d’autre fois une lueur de joie dans le regard. Non ! Nulle part ! Vous ne verrez plus que des faces bleutées, éclairées à vingt centimètres par des écrans lumineux, le regard fixe, captivé par un mini-monde qui se compte en pouces de diagonale. C’est fini les pensées qui jouaient aux perles de verre avec la beauté du monde alentour, conjuguées à notre vécu, multipliées par les sons environnants, additionnées de vent contre le visage. L’ennui est mort. Et vive l’ennui, car il ne nous restera qu’à lui laisser un peu d’espace et il reviendra, aussi sûrement qu’après-demain il fera jour. »

Ce récit met le doigt sur les dérives d’une certaine forme de développement personnel, qui a tendance à faire accepter l’hypersollicitation dont nous sommes l’objet, et à responsabiliser totalement l’individu pour les dérives sociales contemporaines.

« Dans les grandes entreprises où les coachs en développement personnel sont les nouveaux consultants, le but du bien-être est juste d’être plus productif. Tout manquement à la perfection, comme continuer de fumer, être en surpoids ou autre, amène la personne imparfaite à de l’anxiété, de la culpabilité.

La recherche du bien-être permanent a en fait un but : une augmentation des chiffres de productivité, avec un retour sur investissement recherché, pour ceux qui ont bénéficié de coachings. Le mal-être ne dépend plus d’une cause structurelle de l’entreprise, mais d’un manque d’effort de l’individu, pour arriver au bien-être, quelles que soient les circonstances qu’on lui fait subir.

Quand cela déteint sur la société, en affirmant que la réussite ne dépend que de nos efforts, on instille l’idée que le succès est dû uniquement au mérite, y compris pour le bien-être, ce qui nous amène à lintérêt politique, qui est de permettre des réformes libérales, au détriment d’un engagement social.»

L’accent est également mis sur deux modes de fonctionnement de l’esprit.

« Dans notre mode de fonctionnement par défaut, la pensée vagabonde automatiquement. On parle de “focalisation narrative”. On a un récit dans notre tête, indépendant de nos actions. On est hier, demain, tout à l’heure, dans une autre ville, avec d’autres gens.

En “focalisation expérientielle”, on parle aussi de pleine conscience, on vit l’expérience du moment présent. On est à l’écoute de nos sens, on perçoit ce qui se passe autour de nous, on est bien ancré, bien centré, en prise avec l’instant, après instant, après instant. »

« Je me rendais compte que je réagissais aux événements avec une focalisation majoritairement narrative, c’est à dire que ce qui survenait se rajoutait au reste. Ces incidents s’inscrivaient dans une histoire passée et j’imaginais leurs conséquences dans le futur. Je faisais comme si le tout ainsi constitué était devenu un empilement de choses problématiques. »

La suite de la pièce traite de divers moyens simples de se réapproprier de l’attention et de reprendre contact avec le monde car, après tout :

« Qu’est ce que l’existence, si ce n’est un rapport direct au monde, qu’il soit notre monde intérieur ou le monde extérieur, À TRAVERS l’attention ?

Quand on vole notre attention, on vole une partie de notre vie. »

Nicolas Deliau

Les équilibres politiques en région PACA : permanences et changements

Gilles Ivaldi (Chargé de Recherches CNRS, Université Côte d’Azur, URMIS) et Christine Pina (Professeur, Université Côte d’Azur, ERMES)

Les élections présidentielle et législatives de 2017 ont témoigné d’un bouleversement du paysage politique en France. L’irruption d’Emmanuel Macron dans le jeu électoral a bousculé les rapports de forces et conduit à reconsidérer les équilibres politiques sur le territoire national. En est-il de même pour la région PACA ? Traditionnellement, PACA est décrite comme une région de forte implantation de la droite républicaine, de perméabilité au FN et d’extrême marginalisation de la gauche. Dans quelle mesure les élections de 2017 ont-elles modifié ces équilibres politiques ?

I. La droite républicaine, une domination indiscutée ?

L’implantation de la droite républicaine en PACA remonte au milieu des années 1980. Cette domination est encore très visible à la veille des élections de 2017. Les Républicains et leurs alliés centristes de l’UDI peuvent s’appuyer sur un réseau dense d’élus locaux – dont 40 députés et sénateurs et deux tiers des élus départementaux (166 sur 252) –, une domination politique dans les grandes villes de la région – Marseille, Nice, Aix-en-Provence et Toulon – ainsi que la présidence de cinq des six conseils départementaux de PACA (le département des Alpes de Haute-Provence est dirigé par le socialiste G. Sauvan).

A droite, au 1er tour de l’élection présidentielle, F. Fillon résiste mieux en PACA qu’au niveau national (22,4%, +2,4 points) même s’il recule par rapport à Nicolas Sarkozy en 2012. Il obtient ses meilleurs scores dans les bastions traditionnels de la droite modérée, les Alpes-Maritimes (27,4 %) et le Var (24,9 %), où il se place toutefois en seconde position derrière M. Le Pen. On retrouve en 2017 un caractère « bourgeois » très marqué de cet électorat : le score de F. Fillon culmine dans les communes où le revenu médian est le plus haut, en particulier dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes et c’est de loin le facteur le plus significatif de structuration du vote Républicain en PACA.

Tableau 1. Résultats des principaux candidats à l’élection présidentielle de 2017 en région PACA

 

1er tour

2nd Tour

Candidat

%

Diff. nat.

(exp.)

%

Diff. nat.

(exp.)

M. LE PEN

28,2

+6,9

44,5

+10,6

F. FILLON

22,4

+2,4

E. MACRON

18,9

-5,1

55,5

-10,6

J.-L. MÉLENCHON

18,7

-0,9

N. DUPONT-AIGNAN

4,3

-0,4

B. HAMON

4,1

-2,3

 

La gauche « traditionnelle » poursuit son long processus d’érosion sur le plan régional, entamé dès le milieu des années 1980 mais qui a connu une accélération notable au cours du quinquennat de François Hollande. En PACA, les forces de gauche – socialistes et alliés plus la France Insoumise – passent ainsi de 35,5 % des voix au premier tour de la présidentielle de 2012 à 22,9 % en avril 2017, soit 3 points de moins que leur niveau national. La captation par J.-L. Mélenchon d’une partie de l’électorat PS est également visible en PACA : au soir du premier tour de la présidentielle, le chef de file de la France Insoumise obtient 18,7 % des voix dans la région, soit un peu moins d’un point en-deçà de son score national, face à un candidat socialiste en perdition avec 4,1 % (contre 6,4 % au plan national).

Au premier tour de l’élection présidentielle, E. Macron se place quant à lui en troisième position en PACA avec 18,9 % des suffrages, soit un score inférieur de 5,1 points par rapport à son niveau national (voir Tableau 1).

2. Le FN : quand des scores élevés peinent à se transformer en victoire

L’implantation du FN en PACA n’est pas chose nouvelle et la stratégie électorale du parti a souvent consisté à investir le pourtour méditerranéen, jugé plus perméable à l’idéologie frontiste. L’élection présidentielle marque un rééquilibrage des tendances politiques, essentiellement au sein des droites : au soir du premier tour de la présidentielle de 2017, le bloc droite + extrême-droite représente encore 55,9 % des exprimés en PACA, soit un niveau comparable à celui de 2012 où il totalisait 56,5 %. En 2017, cependant, le FN prend l’ascendant dans la région. Marine Le Pen recueille 28,2 % des suffrages, confirmant son succès des élections régionales de 2015 où la droite avait pour la première fois cédé la première place au FN et n’avait pu gagner la présidence de la région qu’à la grâce du front républicain opposé à la liste de Marion Maréchal-Le Pen (Ivaldi et Pina 2016).

Cette force électorale du FN se double d’une notabilisation croissante des élus frontistes sur le terrain. Depuis 2014, la région PACA a fourni au FN parmi ses plus gros contingents d’élus locaux1, une députée, deux sénateurs – Stéphane Ravier dans les Bouches-du-Rhône et David Rachline dans le Var, ainsi que six mairies. En décembre 2015, Marion Maréchal-Le Pen avait recueilli 45,2 % des voix lors du second tour des élections régionales et donné à sa formation 42 sièges au sein du Conseil régional, faisant du FN la seule force d’opposition à la droite LR-UDI en PACA.

Au premier tour de la présidentielle, M. Le Pen obtient ses meilleurs scores dans les départements où le taux de chômage est le plus élevé et où le tissu économique a été le plus fragilisé par la crise, à l’image du Var, des Bouches-du-Rhône ou de Vaucluse, réalisant dans ce dernier sa meilleure performance régionale avec 30,5 % des suffrages exprimés. Par ailleurs, ce sont dans les communes péri-urbaines, populaires mais pas paupérisées, que la candidate du FN réalise ses meilleurs scores. La nouveauté de 2017 est que le Front national réussit également à s’implanter dans les Alpes-Maritimes, jusqu’alors terre d’élection de la droite républicaine, en particulier grâce à des scores peu attendus dans des villes comme Grasse ou Cannes.

Au 2ème tour de la présidentielle, avec 44,5 % des voix, M. Le Pen progresse de plus de 16 points par rapport à son score du premier tour. On retrouve les principales lignes de force du FN dans les catégories populaires des villes moyennes et les couronnes périurbaines, plus touchées par le chômage mais loin cependant des quartiers et des communes d’immigration les plus pauvres.

3. Les élections législatives et l’émergence de la REM

Si E. Macron ne parvient pas à bouleverser le duopole droite-extrême droite à l’occasion de la présidentielle, PACA n’échappe pas à la « vague » macroniste : sur les 42 députés élus dans la région, 22 entrent à l’Assemblée nationale sous cette étiquette, auxquels il convient d’associer 2 députés Modem. La région PACA, largement dominée après les législatives de 2012 par l’UMP (25 sièges) et le PS et ses alliés (13 sièges), consacre désormais la REM comme parti majoritaire au plan législatif (Cf. Carte 1).

Carte 1. Vainqueurs des élections législatives dans les circonscriptions
de la région PACA en 2012 et 2017

Cartes réalisées par Jérôme Dutozia

Les élections législatives offrent, on le voit, une tout autre structure d’opportunités au président élu.

Tout d’abord, l’abstention est élevée (51,6 % en PACA au 1er tour et 56,5 % au 2nd tour). Comparativement aux autres tendances politiques, la REM semble avoir beaucoup moins subi les effets de l’abstention et de la dispersion des voix entre les deux élections. Cette abstention différentielle est un facteur important du succès des candidats de la REM.

Associée à la multiplication des candidatures (+ 25% par rapport à 2012), la très faible participation rend en outre les triangulaires quasi-impossibles : il n’y a plus aucune triangulaire au 2nd tour en 2017, alors qu’on en dénombrait encore 12 en 2012. Ces situations de duels favorisent globalement la nouvelle majorité présidentielle, notamment lorsqu’opposée au Front national, ce qui est le cas dans 16 des 22 circonscriptions emportées par la REM. Dans ces circonscriptions, la REM réunit les électorats modérés de gauche et de droite, incarnant ainsi une forme partisane du traditionnel « front républicain ». Tous les duels face au FN se traduisent par une victoire des candidats LREM, même dans la 3ème circonscription de Vaucluse pourtant annoncée comme imprenable au FN.

Enfin, les députés LREM ne sont pas tous des novices en politiques. Sur 22 députés élus, seuls 11 n’ont eu jusqu’alors aucune fonction politique, ni occupé aucun mandat. A l’opposé, 6 ont déjà porté les couleurs de la gauche socialiste dans des élections, 3 viennent de la droite républicaine (UDI, LR et divers droite) et 2 d’EELV. La victoire macroniste tient donc en partie à des changements de camp de candidats, dont il est difficile d’affirmer qu’ils auraient été battus sans cette même étiquette politique.

Le mouvement macroniste a par ailleurs profité du renouvellement des candidatures : 10 des candidats LREM ont gagné dans des circonscriptions où les députés sortants ne se représentaient pas, dont Marion Maréchal-Le Pen dans la 3ème circonscription de Vaucluse.

Perspectives

Si les élections européennes de 2019 serviront essentiellement de test national pour E. Macron, les municipales de 2020 permettront de mesurer l’implantation de la REM en région PACA. Dans de nombreux cas, comme à Nice, le mouvement d’E. Macron devra composer avec des majorités municipales bien établies. Tous les yeux se tourneront vers Marseille où Christophe Castaner pourrait être candidat, face à Jean-Luc Mélenchon et Renaud Muselier. La cité phocéenne serait une prise de choix pour l’actuelle majorité, faiblement présente dans la très grande majorité des communes de la région.

Pour aller plus loin…

Ivaldi G., Pina Ch. (2016), « Élections régionales de 2015 en PACA, une victoire à la Pyrrhus pour la droite ? », Revue politique et parlementaire, n°1078, janvier-mars, pp. 139-150 (http://www.revuepolitique.fr/paca-une-victoire-a-la-pyrrhus-pour-la-droite/)

Ivaldi G., Pina Ch. (2017), « PACA : 2017, entre permanence et bousculements des équilibres politiques », Pôle Sud, n°47, 2017/2, pp.179-198 (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01678738)

1 En 2014, 338 des 1544 conseillers municipaux FN (22 %) étaient issus d’un des six départements de PACA. En mars 2015, 10 des 62 conseillers départementaux FN élus l’ont également été dans la région, en particulier dans le Var et Vaucluse, représentant le deuxième plus important pool d’élus après le Nord Pas de Calais Picardie (26 conseillers FN).

Les déplacements domicile-travail dans les Alpes-Maritimes

Gilles Voiron (Ingénieur d’études contractuel, CNRS, laboratoire ESPACE), Christine Voiron-Canicio (Professeure de géographie, Université Côte d’Azur, laboratoire ESPACE)

Dans les Alpes-Maritimes, comme dans l’ensemble du territoire français, la distance entre le domicile et le lieu de travail s’accroît au rythme de la périurbanisation. Cette étude s’attache à décrire ce phénomène à l’échelle des communes des Alpes-Maritimes, en focalisant l’attention sur les « navetteurs » – actifs ayant un emploi hors de leur commune de résidence –, dont les déplacements quotidiens se font avec un véhicule particulier (voiture et deux roues). L’analyse repose sur deux sources de données de l’INSEE, les recensements de la population à six dates (1975, 1982, 1990, 1999, 2006, 2015), et la base MOBPRO INSEE de 2014, caractérisant les mobilités professionnelles des individus.

L’analyse spatio-temporelle des navetteurs, au cours des quarante dernières années, est menée à l’aide de trois indicateurs : le nombre de navetteurs par commune, la part qu’ils représentent dans la population active de la commune, et le coefficient de variation du pourcentage de navetteurs, qui traduit les écarts de valeurs entre les communes. Le nombre de navetteurs a fortement augmenté, passant de 27% en 1975 à 49% en 2015. Ce quasi doublement est à mettre en relation avec l’extension de la périurbanisation qui conduit les ménages à résider de plus en plus loin des lieux d’activités du sous ensemble littoral, et qui est sous-tendue par l’amélioration et la création de voies de communication. Toutefois, la part des navetteurs reste inférieure à la moyenne nationale (66%), en raison du nombre élevé de grandes communes urbaines qui sont des pôles d’emploi en premier lieu pour la population active qui y réside – Nice ne compte que 23% de navetteurs.

L’augmentation des navetteurs s’est traduite de façon différenciée à la fois dans le temps et dans l’espace, comme le révèlent les cartes de la figure « Évolution du pourcentage des navetteurs » (Fig.1) et les trois indicateurs associés. En 1975, les navettes étaient peu généralisées – essentiellement cantonnées aux zones périurbaines du littoral, et de Nice, en particulier – d’où un coefficient de variation élevé (0,72). Ce dernier n’a cessé de décroître par la suite pour atteindre 0,37 en 2015. Cette diminution continue des écarts s’explique par l’homogénéisation des valeurs résultant de l’extension des zones de mobilités professionnelles.

Figure 1 : Évolution du pourcentage de navetteurs (1975 à 2015).

Les informations détaillées sur les mobilités professionnelles des individus en 2014, renseignent sur le profil des navetteurs. Ces derniers sont à 54% des hommes, et l’âge moyen (les deux sexes confondus) est de 42 ans. Il est à noter une surreprésentation des jeunes navetteurs dans l’arrière-pays. Les données de la base MOBPRO 2014 ont permis de déterminer la portée des déplacements de travail en termes de kilométrage quotidien parcouru. Celui-ci est plus élevé que dans le reste de la région PACA. En effet, le plus grand nombre de navettes (40%) se situe sur des distances au lieu de travail comprises entre 10 et 20 km, contre 30% pour l’ensemble de la région PACA.

Par ailleurs, deux analyses spatiales inédites ont été réalisées. Les mobilités-navettes ont été considérées sous deux angles différents, d’une part, celui de la commune de résidence, d’autre part, celui de la commune-lieu de travail. Le kilométrage moyen (A/R) parcouru par les actifs partant travailler hors de la commune de résidence s’élève à 37,5 km. La cartographie des valeurs révèle une structure majeure de type gradient : littoral/intérieur – faible altitude/forte altitude (Fig. 2). En revanche, le kilométrage moyen des actifs venant dans la commune du lieu de travail est plus élevé (40,8 km). La cartographie des résultats met ici en exergue les sous-espaces qui, dans l’arrière-pays, sont au cœur d’un bassin d’emplois de portée étendue, et dont les trajets émanent d’au moins 5 communes différentes (Fig. 3).

Figure 2 : Kilométrage moyen des navetteurs selon la commune de résidence.

Figure 3 : Kilométrage moyen des navetteurs selon la commune du lieu de travail.

Références

Baccaïni B., Sémécurbe F., Thomas G., (2007), « Les déplacements domicile-travail amplifiés par la périurbanisation », Insee Première n° 1129

Coudène M., Levy D., (2016), « De plus en plus de personnes travaillent en dehors de leur commune de résidence », Insee Première n° 1605

L’école de la Nature, ferme pédagogique et thérapeutique en permaculture avec OSE

Par Maï Boulom, association O.S.E

C’est en effectuant un stage de découverte des métiers de l’agriculture (ADEMA) au lycée agricole d’Antibes que l’aventure a commencé. À l’issue de ce stage, je me suis investie au sein de l’association des Jardins Partagés de Terra Segurana à Colomars, pour y développer notamment le pôle pédagogique. Il me tenait à cœur d’aborder l’éducation à l’environnement à travers des activités ludiques et artistiques. J’ai mis ce projet en place et ai expérimenté pendant un an, à travers l’École de la Nature. J’ai pu mettre en œuvre des pédagogies alternatives avec des enfants d’âges très variés. J’ai également pu animer des ateliers mixtes avec des enfants d’IME (Instituts Médico-Éducatifs).L’expérience fut fort enrichissante, mais la distance restant tout de même problématique (une heure de trajet), il me semblait essentiel de créer un tel lieu sur ma commune de résidence : Levens. Après une rencontre avec le maire, ce dernier m’a demandé de rédiger une présentation détaillée de cette ferme pédagogique et thérapeutique en permaculture, telle que je l’imaginais (avec une dizaine de pôles interdépendants). Le projet a été merveilleusement bien accueilli par la commune, qui l’a mis en avant pour répondre à un appel à projet pour l’agenda 21. Et nous avons récemment reçu une réponse positive, qui va nous permettre d’amorcer ce projet.

Comment fait-on techniquement pour organiser des ateliers d’éducation à l’environnement destinés aux enfants ? Si on a de l’expérience et des compétences, on peut commencer par enseigner ce qu’on connaît. En ce qui me concerne : la découverte des plantes sauvages, le jardinage en permaculture, la cuisine-santé, mais aussi la compréhension de ses émotions, les arts : le théâtre, la peinture, le land-art sont les supports sur lesquels je me suis appuyée pour faire passer le message d’une nécessaire transition écologique et citoyenne.Le statut de bénévole au sein de l’association m’a permis de « tester » les ateliers avec les enfants dans le cadre de l’École de la Nature. L’objectif est d’autonomiser les enfants à travers les activités proposées, de leur faire prendre conscience de leurs dons et talents, tout en éveillant leur curiosité au contact de la nature. Il s’agit pour eux d’apprendre à se connaître tout en découvrant l’écologie. Les enfants sont capables d’une créativité et d’une imagination incroyable. S’ils désirent s’épanouir en les mettant au service de projets éthiques et inspirants, nous aurons tout gagné. Afin de pérenniser mon activité : l’association souhaitait m’embaucher en septembre 2017 en contrat CAE. Ces derniers ayant été supprimés pendant l’été, il a fallu que je cherche d’autres solutions pour pérenniser mon emploi. Après avoir suivi une formation en création d’entreprise, je me suis finalement tournée vers la coopérative d’emploi. Je démarrerai mon activité d’animatrice nature en janvier 2019.En parallèle, j’ai participé à la création de l’association O.S.E (On Sème Ensemble), domiciliée à Levens. C’est avec cette association que j’ai pu présenter le projet de ferme pédagogique et thérapeutique « les jardins d’OSE » au maire. Et c’est avec O.S.E également que nous pouvons prétendre à des subventions publiques, à commencer par celle de l’agenda 21, qui va permettre de prendre en charge l’animation d’ateliers d’initiation à la permaculture au sein des écoles et de la maison de retraite de la commune. Ils nous serviront de support pour impliquer les citoyens de Levens dans la conceptualisation du jardin (la première phase du projet).

Économiquement parlant, il s’agit pour nous de relever le défi de prouver que ce modèle est viable. Chaque pôle des jardins d’OSE pourra générer les ressources suffisantes à la création d’emplois.Afin de pouvoir accueillir les enfants dans les cadre de l’école de la nature, nous avons dû, dans un premier temps, « jongler » juridiquement, pour pouvoir pratiquer ces ateliers avant de déclarer un accueil collectif pour mineur, qui est une étape longue et fastidieuse mais absolument nécessaire, si l’on souhaite pérenniser l’activité. C’est donc ce à quoi je vais m’atteler à Levens, une fois les infrastructures mises en place.En ce qui concerne les activités que je souhaite développer en coopérative d’emploi, les animations permaculture seront rémunérées par les associations qui proposeront ce type de prestations. Cette forme juridique offre bien des avantages, (comme la simplification de la comptabilité, la cotisation à l’assurance chômage, etc).Le mode de gouvernance d’O.S.E est celui d’une association soumise à la loi 1901. Chaque adhérent a la possibilité de prendre part au projet. Nous sommes soumis également au regard de la municipalité, qui est propriétaire des lieux. Et enfin, nous souhaitons lors de la conceptualisation des jardins d’OSE impliquer les citoyens de Levens à la conceptualisation et l’aménagement des jardins. Lors du prochain CA, nous allons exposer les différentes possibilités qu’offre chaque pôle et les décisions seront prises à l’unanimité. Nous souhaitons, par ailleurs, nous pencher davantage sur les techniques de gouvernance empruntées à la sociocratie. Nous sommes d’ailleurs à la recherche de personnes, associations ou entreprises spécialisées dans ce domaine, afin de nous guider à travers cette démarche.Nous avons commencé par établir un prévisionnel sur 3 ans, afin de pouvoir prétendre à la subvention d’agenda 21. Mais il me semble que 5 ans seraient plus réaliste si l’on souhaite développer intelligemment tous les pôles exposés dans notre projet. Nous avons exposé des phases d’action dans un ordre précis, afin de pouvoir mener à bien ce projet et le rendre pérenne. Ces phases sont détaillées sur notre site internet : https://osepermaculture.wixsite.com/o-s-eIl existe à Levens une multitude de ressources humaines dotées de talents et de savoir-faire incroyables. La plupart ne demande qu’à partager. Il s’agit donc avant tout de mettre en relation ces personnes, à travers les activités proposées par l’association au sein de la commune et de leur proposer de s’impliquer dans le projet. Une expérience humaine unique nous attend : nous sommes nombreux à souhaiter travailler à Levens (« ville dortoir »). La plupart des actifs travaille, fait ses courses et pratique ses loisirs à Nice. L’aménagement des jardins d’OSE pourrait créer dans un premier temps une dizaine d’emplois, et encore bien plus si les initiatives se multiplient et si nous devenons, comme nous le souhaitons, une référence en la matière. Personnellement je souhaite m’orienter par la suite vers la Formation d’animateurs Nature. Il y a beaucoup de demandes et peu d’offres. Il serait temps d’organiser également tout cela. Mais allons-y pas à pas.

Le scénario Négawatt 2017-2050

Conférence aux assises présentée par Emmanuel RAUZIER

Entre dérèglement climatique, tensions économiques et géopolitiques liées aux ressources énergétiques, aggravation des risques sanitaires et technologiques, et précarité énergétique, la France doit s’orienter rapidement vers un nouveau système énergétique.

Le scénario négaWatt répond à cet impératif en proposant une trajectoire vers un avenir énergétique souhaitable et soutenable, mais aussi les mesures à mettre en œuvre pour y parvenir.

Pour cela, il étudie en détail les différents secteurs de consommation (bâtiment, transport, industrie, agriculture) et de production d’énergie (renouvelables, fossiles, nucléaire) afin d’établir une évolution possible du système énergétique. Il montre ainsi comment la France peut – en quelques décennies – se passer totalement d’énergies fossiles et nucléaire.

Cet exercice de prospective, qui n’inclut aucune rupture technologique, économique ou sociétale, a notamment pour but de permettre aux décideurs d’intégrer les impératifs de long terme dans les décisions de court terme

Les 10 points-clés du scénario négaWatt 2017-2050

1 Une division par 2 de la consommation d’énergie*

Grâce à l’application systématique des deux premiers piliers de la démarche négaWatt, il est possible de diminuer significativement notre consommation d’énergie :

en priorisant les besoins énergétiques essentiels dans les usages individuels et collectifs de l’énergie par des actions de sobriété (éteindre les vitrines et les bureaux inoccupés la nuit, réduire les emballages, renforcer l’utilisation des transports en commun, etc.) ;

en réduisant la quantité d’énergie nécessaire à la satisfaction d’un même besoin grâce à l’efficacité énergétique (isoler les bâtiments, améliorer les rendements des appareils électriques ou des véhicules, etc.) ;

* en énergie finale : énergie délivrée à l’utilisateur final par un fournisseur (kWh électrique, litre d’essence, …).

2 Le maintien d’un haut niveau de services énergétiques pour l’ensemble des besoins

La réduction des consommations ne signifie pas retour à la bougie : les citoyens continuent à se déplacer et à utiliser des appareils électriques, les logements deviennent plus confortables, … et le scénario intègre même l’apparition de nouveaux usages.

3 Une consommation couverte à 100 % par des énergies renouvelables en 2050

La biomasse (bois énergie) reste la première source d’énergie renouvelable, suivie de très près en 2050 par l’éolien, puis par le photovoltaïque et le biogaz.

4 Une fermeture progressive du parc nucléaire

Le dernier réacteur nucléaire est arrêté en 2035. Aucun n’est prolongé au-delà de 40 ans.

5 La disparition du pétrole, du gaz fossile et du charbon

Alors qu’elles représentent 86 % de la consommation d’énergie finale en 2015, les énergies fossiles ne servent plus qu’à des usages non énergétiques en 2050 (production d’acier ou de ciment, …).

6 Une mutation des pratiques agricoles et sylvicoles

En exploitant de manière équilibrée et soutenable les sols, il est possible de répondre dans de bonnes conditions écologiques et économiques aux besoins de production d’aliments, de matériaux biosourcés (construction, isolants, textiles, etc.) et seulement ensuite d’énergie (biomasse).

Le scénario négaWatt est couplé avec Afterres2050 (Solagro), scénario de transition agricole et alimentaire. www.afterres2050.solagro.org

7 Gaz et électricité, une complémentarité nouvelle et incontournable

L’équilibre entre la production et la consommation d’électricité est rendu possible notamment par le développement du power-to-gas (transformation de l’électricité en gaz). Les réseaux de gaz et d’électricité ainsi connectés deviennent complémentaires.

8 La neutralité carbone pour la France en 2050

Le couplage des scénarios négaWatt et Afterres2050 montre que les émissions nettes de gaz à effet de serre, toutes sources confondues, deviennent nulles à partir de 2049 : les puits de carbone agricoles et forestiers compensent alors les émissions résiduelles, principalement dues à l’agriculture.

Le scénario négaWatt est ainsi le premier scénario français à atteindre la neutralité carbone, objectif du gouvernement français figurant dans l’Accord de Paris approuvé lors de la COP21.

9 Des bénéfices multiples pour la santé et l’environnement

Les scénarios négaWatt et Afterres améliorent très significativement la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que la biodiversité, avec des conséquences positives majeures sur la santé publique (on constate aujourd’hui près de 48 000 décès prématurés par an dus à la pollution de l’air).

10 La transition énergétique, un bienfait pour l’économie et l’emploi

Le scénario négaWatt est globalement moins coûteux que la poursuite des tendances actuelles : 400 milliards d’euros pourraient être économisés d’ici à 2050. Il est également créateur d’emplois : 400 000 emplois nets pourraient être créés en 2030, 600 000 en 2050.

Un projet de territoire pour tous les territoires

La mise en œuvre de la sobriété, de l’efficacité et du développement des énergies renouvelables permettrait de rendre tous les territoires – ruraux comme urbains – plus autonomes en énergie. Elle serait également source de retombées positives en termes de cadre de vie, d’activité économique et d’emplois.

L’Association négaWatt

L’Association négaWatt a été créée en 2001 par plusieurs experts et praticiens de l’énergie souhaitant promouvoir en France un système énergétique plus soutenable. Le scénario négaWatt est le fruit d’un travail collectif rendu possible par la mise en commun de l’expertise de ses membres agissant à titre personnel.

La réalisation du scénario 2017-2050 a été soutenue par la Fondation pour le Progrès de l’Homme.

Pour soutenir l’Association négaWatt et ses travaux :

www.negawatt.org/soutenir-negawatt